La pêche du Corail

La pêche du corail est une activité très ancienne en Méditerranée. L'épuisement de la côte Nord a poussé très tôt les corailleurs a descendre vers le Sud à la recherche d'une denrée toujours plus rare, mais aussi plus belle.

Un peu d'histoire

On suit de manière discontinue cette activité sur la côté Nord de la Tunisie depuis le début du XIème siècle, avec l'arrivée des Pisans et des Catalans. En 1117, la République de Pise obtient le monopole de cette pêche sur les côtes tunisiennes.

En 1540, Charles Quint reçoit l'île de Tabarka, du Bey de Tunis en rançon, pour la libération du célèbre corsaire Dragut capturé par l'amiral Andrea Doria. Le souverain est autorisé à faire faire la pêche du corail 60 miles autour de l'île. Le 22 septembre 1542, le vice roi de Sicile vend au nom du roy d’Espagne à Grimaldi et Lomelin(i) de Gênes la pêche du corail. Les Génois évincent alors les autres nations de la pêche du corail.

Sous le règne de Charles IX, Thomas de Lanches (Thomas Lencio), corse de nation, naturalisé Français, obtient du sultan Selim II le don en propriété des places, ports et havres situés en la côte de Massacaret en Barbarie, appelés La Calle, le Collou, le Cap Rose, Bonne et autres... Il fonde la Grande Compagnie du corail des mers de Bône. Il fait construire, à l'ouest de la Calle, le Bastion de France en 1552.

Mais, Français et Génois se livrent bataille pour la pêche du corail. Thomas Lenches mourut en 1568 en donnant l'assaut de la citadelle de Tabarca. Il est remplacé par ses frères Antoine, et Visconte puis Jean Porrata, et son neuveu Thomas Lenches. Le Bastion est détruit en 1604 sur ordre du Divan d'Alger. Ce n'est que plus de vingt ans plus tard que le Bastion de France retrouvera une activité sous la direction de Sanson Napollon, lui aussi Corse d'origine, demeurant à Marseille. Le 19 Septembre 1628, un Traité de Paix est signé entre le Divan ou Conseil de la ville d’Alger et le Gouverneur d’Alger : Ossein-Pacha et la France, dix jours plus tard, le 29 le Bastion de France avec le droit de pêche du corail est vendu au roi de France. Le 22 Novembre 1628, Napollon s’installe au Bastion avec 3 novices, 80 soldats maçons et ouvriers pour donner un commencement à la fortification. Voulant s'emparer du fort de Tabarka tenu par les Génois, il meurt dans la nuit du 10 au 11 Mai 1633. Le chef de garnison fait jeter son corps à la mer après avoir fait clouer sa tête sur une porte de forteresse ( Le récit de sa mort a été rapporté par son lieutenant M. D’Arbousset dans une lettre du 13 Mai 1635 dont l’original est à la bibliothèque de Carpentras ). Selon De Fages et Ponzevera (1899), la Galite a servi de base à Sanson Napollon.
Les relations diplomatiques ayant permis l'établissement des compagnies exploitant, entre autres, le corail sur les côtes de Barbarie remontent à Henri IV qui signa, en 1604, le premier traité avec la Porte Ottomane.

Une lettre de octobre 1670 adressée à Colbert, rappelle que la paix étant faite avec les Royaumes de Tunis et Alger, il faudrait profiter pour prendre l’île de Tabarka à la famille des (L)Omellini de Gennes. Cette île est très bien située en Alger et Tunis..... De plus s’est un lieu idéal pour la pêche du Corail... Elle se termine par :
Il y a encore une isle du coste de levan à huit lieues de Tabarque dom on pouvvoir s’accomoder avec Tunis, nommée la Galite et y establir une pesche de corail en cas que l’on y trouva de l’eau douce ce dans peu d’années elle runieroi celle des (L)Omellini.

Le premier traité de 1604 est renouvelé par un Traité plus formel le 3 janvier 1694, traité qui crée la Compagnie Royale d'Afrique. Ce dernier est renouvelé le 10 juin 1768 entre le roi de France et Mehemet Pacha Ben Osman, dey et gouverneur du royaume d’Alger et confirmé en 1790 par le consul de la république française.

Venture de Paradis (1739-1799) séjourna à Tunis de 1780 à 1786 comme chancelier-interprète, il fut chargé d'informer le royaume de France sur la Tunisie afin de comprendre les relations entre la régence et la sublime Porte. Il semble avoir assez peu voyager dans le pays mais fournit une très brève présentation de la Galite. Ainsi apprend-on que tous les ans à la belle saison, environ 200 bateaux napolitains et siciliens venaient y pêcher le corail et, ce, sans le moindre contrôle de la part du gouvernement tunisien. Les équipages y trouvaient eau, bois et abri. Les barques étaient accompagnées de chébecs.

Peu de temps après la conquête d'Alger, le Bey de Tunis signe un accord avec la France Voici les principaux points du traité signé le 26 octobre en 1832 :

En dépit de ce traité, la pêche du corail profita essentiellement à la population italienne, même après la rupture du traité qui accordait, en Algérie, aux Italiens les mêmes droits qu'aux Français, en 1888. De nombreux corailleurs italiens vinrent s'installer dans la Régence à Tabarka et à la Galite où ils étaient protégés par le traité Italo-tunisien de 1876.

En décembre 1846, Alexandre Dumas débarque à la Galite pour une courte partie de chasse. Il est en route de Tunis à Bône sur le Véloce. Il a rencontré les corailleurs d'une seule barque de pêche, tous Napolitains.

La régence percut ses droits jusqu'en 1902.

L'intérêt de la Galite pour la pêche du corail est bien souligné dans un

Rapport sur la mission remplie en
Juillet 1873 sur les côtes Est de l’Algérie et de la Tunisie
A Alger, le 23 Juillet 1873
Le 18 Juillet au matin, étant arrivé à l’improviste au milieu d’un groupe de 57 corailleurs, à 19 milles environ dans le N.N.E de la Galite, je les ai tous visités. Ils étaient Italiens, avaient acquitté le droit de patente de 400 francs et leurs papiers étaient en règle ; ils cherchaient un nouveau banc par des fonds variables de 140 à 190 mètres ainsi que je m’en suis assuré en sondant au milieu d’eux ; un seul, (celui qui avait sans doute découvert le gisement et qui se gardait bien d’en avertir ses voisins), avait recueilli environ 2 kilogrammes de corail par un fond qu’il estimait être de 110 brasses. Les pêcheurs nous ont affirmé que le corail recueilli sur ce point avait une valeur bien supérieure à celui qu’ils pêchent sur la côte de La Calle à Bizerte où ils sont contraints d’aller lorsque les vents de la partie de l’Est font naître au Nord de l’île des courants défavorables. Quand ils sont surpris par le mauvais temps, ils relâchent , soit à la Galite, soit à la Calle ; leurs produits se vendent à Naples.
Le Capitaine de frégate Commandant
Signé : Cavelier de Cuverville
Mémoires et documents, Sous série Tunis, Vol 9 p266 n° 46

Technique

La technique utilisée était asez archaïque et demandait de très gros efforts pour un rendement assez faible. Les bateaux de petites dimensions ou corallines (6 à 7 m) étaient montées par cinq hommes. Equipés à l'arrière d'un cabestan ils trainaient une croix de Saint-André de 1 à 4 mètres d'envergure assemblée autour d'un axe sur lequel était attaché des fauberts ou queur du Purgatoire en chanvre. Aux extrémités, étaient fixées des paquets de filets. La croix amarrée sur un corde de 60 à 100 mètres de longueur était imergée àl'aide d'un contre-poids qui raclait les fonds et détachait les coraux dont une petite partie se prenait dans les filets et les fauberts.

Pour décrocher les engins accrochés au fond, les pêcheurs utilisaient un gros anneau de fonte (100 kg) appelé Tortolo qui englissant sur la corde brisait les rochers en tombant, une sorte de crochet appelé Sbiro qui ramenait l'engin.

Production

De 1885 à 1895, la production en Tunisie était d'environ 7000 kg par an, entre 1920 et 1925, malgré l'amélioration des techniques, elle n'atteignait plus que 1200 kg par an.